art préhistorique

Gomphotherium pyrenaicum: le Mastodonte des Pyrénées

Sculpture de Phet Wiriya

commande de Vivien Riout

Gomphotherium pyrenaicum

Le Mastodonte des Pyrénées

Gomphotherium pyrenaicum

Le Mastodonte des Pyrénées

Edouard Lartet était un jeune avocat qui se prit de passion pour les animaux fossiles des côteaux de Gascogne. 

 Il remisa sa robe pour la troquer contre le marteau du chasseur de fossiles et la loupe du paléontologue.

En 1857 il découvrit dans le Comminges (le tiers sud de la Haute-Garonne) quatre molaires gigantesques d'un animal qu'il nomma le mastodonte des Pyrénées. 

Et durant 154 ans les paléontologues écumèrent le Comminges à la recherche d'autres traces de cet animal disparu.

 

En 2014 Yvan agriculteur près de l'Isle en Dodon entreprit des travaux dans son exploitation agricole.

Il remarqua des pierres à l'aspect brillant comme des dents. Quand il les prit en main il reconnut des dents, certes elles étaient beaucoup plus grosses que celles de ses belles vaches gasconnes, mais il les reconnut pour ce qu'elles étaient: des dents d'un animal énorme.

Un examen attentif du lieu où il travaillait lui fit apparaitre deux magnifiques défenses qui sortaient de terre.

Yvan voyait déjà sa ferme se transformer en Jurassique Park. Devrait-il manœuvrer son tracteur au milieu de hordes de paléontologues et de journalistes?

Se doutant  que la bête devait dormir là depuis quelques millions d'années, il n'y a avait pas de mal à prolonger un peu sa sieste.

Il recouvrit soigneusement  le fossile de sable, balisa le lieu de la découverte et une fois mis hors d'atteinte de tout danger repris ses travaux sur son exploitation.

Trois ans plus tard Yvan raconta son histoire à Guillaume un ami agriculteur, sa prise de conscience de la valeur scientifique de ce "dinosaure" et son embarras quant à ce qu'il pouvait bien en faire.

Guillaume lui proposa de m'appeler: "Vivien se passionne pour la préhistoire, il en saura peut-être plus sur cette bête et sur ce que tu peux en faire." 

Guillaume me mit donc dans la confidence.:" Il y a deux défenses qui sortent de terre dans le jardin d'Yvan, il a trouvé à côté des morceaux d'os avec des dents gigantesques".

IInutile de vous dire que je me rendais sur place sans tarder.

Je connaissais Yvan et je savais que dans les côteaux où il habitait il y avait plus de chances de trouver un animal du Miocène qu'un mammouth contemporain de l'homme.

Effectivement je reconnu un Gomphotherium. Ce genre a laissé beaucoup de traces dans le Comminges, le Musée d'Aurignac possède un très beau crâne que j'avais vu. 

Même si cette espèce était connue je ressentais une grande exitation, les défenses étaient enchassées dans leur fourreau d'os, peut-être le crâne était là et puis le corps peut-être?

 

Qu'allions-nous faire de cette grosse bête?

Je tenais à ce qu'Yvan soit au courant de tout ce qui était légalement possible de faire afin qu'il puisse donner une suite en toute connaissance de cause.

Les fossiles qui ne sont pas contemporains de l'homme ne sont pas soumis aux mêmes règles que les vestiges archéologiques.

Ils appartiennent au propriétaire du terrain.

Yvan pouvait donc tenter de dégager ce fossile et le mettre en vente.

L'idée que ce animal du sous-sol commingeois parte à l'autre bout de la planète dans une collection privée n'était vraiment pas acceptable pour Yvan.

Yvan se souvenait que quarante ans en arrière son beau-père avait trouvé une défense dans un champ voisin.

Des soits disants paléontologues l'avait receuilli pour analyse. Ils ne donnèrent plus jamais signe de vie...


Nous décidâmes de contacter le Muséum de Toulouse.

J'envoyais quelques photos du spécimen en demandant si fouiller un Gomphotherium ça pouvait les intéresser.

Après-tout ce genre était plutôt bien connu, peut-être avaient-ils d'autres  dinosaures à fouetter?

 

Que non!

 

Pasca Tassy du Museum de Paris  et Yves Laurent du Museum de Toulouse prirent rendez-vous avec nous.

Quand nous emmenames les deux paléontologues sous le hangar où étaient stockés les dents arrachées par la pelle mécanique, nous sentions la tension monter.

Pascal Tassy s'approcha des dents les observa gravement et soudain s'écria gaiement: "c'est lui!"

 

"C'est le Mastodonte des Pyrénées!"

"C'est qui?"

" Le Mastodonte des Pyrénées décrit par Edouard Lartet, il n'était connu que par quatre dents, c'est la première fois que l'on trouve des restes osseux, avec des défenses vous dites? Emmez-moi voir ça!"

 

La suite ce fut une belle rencontre humaine entre nous trois commingeois et ces deux chercheurs.

 

Yvan décida en famille de donner les produits de la fouille au Muséum de Toulouse.

 

La fouille eut lieu par une belle semaine de septembre en 2017.

 

Le crâne complet fut mis au jour et recouvert d'une coque de plâtre. Cette grosse chaussure comme se plaît à l'appeler le professeur Tassy faisait 600 kg et il fallut  la dextérité d'Yvan aux commandes de son tracteur pour la déplacer sans accrocs.

 

Toute la famille d'Yvan suivit jour après jour ce chantier de fouille unique en Comminges.

Tout le monde sentait que s'écrivait sous nos yeux une des plus belles pages de l'histoire scientifique du Comminges.

 

Mais ce n'est pas fini, le Mastodonte va encore être étudié et livrer peut-être quelques-un de ses secrets...

 

Quant à moi un voisin m'a dit qu'un de ses amis avait trouvé dans son champ en faisant de travaux une magnifique...

 

 

A Alan le 13/07/2018

 

 

 

Vivien Riout



 


Le Mastodonte en cours de fouille

Le Mastodonte des Pyrénées 

Gomphothérium pyrenaicum

Sculpture de Phet Wiriya, commande de Vivien Riout